L’art prend ses aises

(tiré du Journal d’Outremont. Publié le 19 mars 2019)

Le conseil d’administration des Amis de la place Marcelle-Ferron : Éric Perron, Carole Foisy, Pascal Foisy Lapointe (première rangée) ; Marie-Claude Mirandette, Carol Ann Young, Jean Lapointe, Paule Renaud, Jean de Julio Paquin, Isabelle Gauthier (deuxième rangée). Absente au moment de la prise de photo : Madeleine Sultan.

Ce pourrait être une première à Outremont. Si le projet poursuit sa trajectoire actuelle, Outremont ajoutera à son patrimoine d’art public une première œuvre murale dans les règles de l’art, une pièce monumentale qui couvrira le mur extérieur est du bâtiment du Centre communautaire Intergénérationnel (CCI). On n’est pas du tout surpris d’apprendre que le projet est initié et piloté par l’une des forces vives les plus intéressantes de l’heure chez nous : Les Amis de la place Marcelle-Ferron.

D’abord, qui sont-ils?
Un petit groupe de 10 femmes et hommes, des professionnels et des artistes dans l’âme, engagés dans la gestion et la réalisation de projets, qui partagent un sens aigu de l’art public. Ils sont tous profondément inspirés de la pensée et de l’œuvre de la peintre Marcelle Ferron (1924-2001), artiste éminente et prolifique, pionnière de la modernité, déterminée et avant-gardiste, signataire du Refus global.

Le petit coin de verdure entre le supermarché Les 5 Saisons et la boutique d’aliments naturels Mission Santé sur l’avenue Bernard reçoit en 2008 la dénomination de « Place Marcelle-Ferron » en reconnaissance de l’importance du personnage et de son œuvre. Trois ans plus tard, un groupe d’amis s’associe à cet espace et procède à son incorporation OBNL sous le nom de Les Amis de la place Marcelle-Ferron. Voilà que se déploie une nouvelle force culturelle chez nous, un agent de changement dont la mission est de promouvoir les activités liées à l’art public, de dynamiser la vie par l’art et de faire d’Outremont un lieu effervescent et créatif, dans la mouvance de l’importance de l’art public dans les cités modernes.

De l’art éphémère pour tous
Depuis 2012, le groupe initie, réalise ou soutient un grand nombre d’événements dans l’enceinte ou autour de la petite place. Des projets artistiques innovants et audacieux, qui font presque toujours appel à la participation du grand public, des jeunes surtout. Rappelons l’événement Art Cube (2012) et les créations artistiques à l’intérieur de cubes par les élèves de quatre écoles d’Outremont, celui des œuvres collectives sur les bancs publics de la place (2013 et 2015) et l’Opéra masqué (2014). On se souviendra du fabuleux événement Les Glaces (2016), de l’artiste David Farsi, mettant en vedette 100 monolithes de glace qui se transforment sous l’action du soleil de septembre. Sans oublier le fameux karaoké des Bois, Feu, Feu, Joli Feu (2017), un événement du 375e de Montréal. L’œuvre éphémère La vague (2017) nous a donné l’occasion de faire connaissance avec les cours d’eau de chez nous, disparus aujourd’hui, dans une mise en scène artistique mémorable du groupe Viaduc. De l’art public éphémère, accessible à tous, réalisé avec des partenaires culturels et administratifs dans le cadre des Journées de la Culture, des fêtes d’hiver et des grands événements.

Une œuvre murale permanente
« Cette œuvre murale au CCI, c’est notre plus gros projet à ce jour », nous a confié la dynamique présidente des Amis, Carole Foisy. « Outremont va se transformer dans les années qui viennent avec l’ouverture du campus universitaire de l’UdeM à l’automne 2019. L’œuvre murale, visible du campus, sera de nature à créer des ponts entre Outremont et la communauté universitaire, étudiants et chercheurs qui, par leurs projets, préparent le monde de demain. Marcelle Ferron avait à cœur le progrès et l’innovation et elle a su s’adapter aux changements sociaux tout en créant de la beauté comme la magnifique verrière de la station de métro Champs-de-Mars, conclut-elle ». Pour le groupe, ce sera la première réalisation d’oeuvre d’art public permanente à l’extérieur de la place Marcelle-Ferron.

Objectif : septembre 2019
Il reste encore des étapes importantes à franchir. L’appui au projet, sous certaines conditions techniques, a été entériné par le Conseil d’arrondissement le 3 décembre dernier. Il faudra notamment avoir l’aval du Programme d’art mural de la Ville de Montréal duquel on espère du financement public à la hauteur du 2/3 des coûts. Puis un jury, formé de membres du CA des Amis et de partenaires du projet, devra choisir l’artiste muraliste qui relèvera le défi de créer une oeuvre sur cette immense surface (42,01m X 5,62 m) en acier galvanisé Le projet devra par la suite avoir le feu vert du Comité consultatif sur l’urbanisme (CCU), idéalement en avril, et être soumis à nouveau au Conseil d’arrondissement. C’est le groupe MU, un OBNL qui a déjà à son actif la réalisation de 80 murales dans le grand Montréal – dont le fameux Leonard Cohen au centre-ville – qui fera la gestion artistique et technique. On compte également sur du financement privé qui fera l’objet d’une campagne de levée de fonds. La présidente est optimiste. « La production devrait commencer au début de l’été. On prévoit l’inauguration de la murale pour le mois de septembre. »

Le soutien du Conseil d’arrondissement est encourageant. « J’étais très heureuse quand j’ai pris connaissance en novembre dernier de ce projet de murale », nous a confié Fanny Magini, conseillère d’arrondissement dans le district Jeanne-Mance, et également responsable des questions touchant le commerce et la culture. « Un des engagements de mes collègues dans la dernière élection, c’était de sortir l’art des lieux publics habituels et de le rendre accessible à tous. » Elle nous rassure en avançant que « les échéances du projet semblent réalistes et que les différentes collaborations avec Les Amis ont toujours été fructueuses.

Ces « utopistes au quotidien », comme ils se définissent à l’occasion, contribuent à faire émerger un nouveau paysage artistique chez nous où l’art public a de plus en plus sa place. Tout à fait dans l’esprit de Marcelle Ferron qui avouait vouloir « transformer ce mariage de raison (entre l’art et l’architecture) en un mariage d’amour.1 » C’est le défi que relève les Amis de la place Marcelle-Ferron, un mariage d’amour entre l’architecture, l’art public, les résidants d’Outremont et ceux qui nous entourent.

(Source: Le Journal d’Outremont)

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